1. Le milieu montréalais

En danse, Montréal est un centre d’innovation, de création et de diffusion mondialement reconnu. Autant les artistes en début de carrière que les plus établi-es sont attiré-es par cette ville et les occasions qu’elle recèle. Son attrait découle, en partie, du coût de la vie relativement peu élevé et du financement provincial des arts qui est plus élevé au Québec que dans toute autre province canadienne. Le dynamisme de la scène alternative et le sentiment communautaire fort en font aussi un lieu spécial. Cependant, la plupart des artistes vit sous le seuil de la pauvreté et dépend d’autres activités économiques, liées ou non à la danse, pour subvenir à ses besoins. Les chorégraphes doivent faire preuve d’initiative et de persévérance pour survivre.

En dépit des contraintes économiques, le milieu de la danse à Montréal est prolifique et passionné. La ville abrite quelques centaines d’interprètes. En 2017-18, Le Regroupement québécois de la danse recense, à Montréal seule, 265 interprètes, 45 compagnies et 137 chorégraphes indépendant-es. Il existe plusieurs programmes de formation professionnelle, un réseau important de classes professionnelles et de nombreux lieux et opportunités de diffusion pour la danse.

La communauté montréalaise de la danse est grande, mais elle n’est pas inaccessible. Cela peut prendre un certain temps avant d’y trouver ses repères et d’établir des contacts, mais généralement, les gens du milieu veulent bien offrir conseils et soutien aux nouveaux-elles venu-es.


1 Créateur-ices

La réputation dont jouit actuellement Montréal est due en grande partie aux pionnier-es des années 80, qui jouent aujourd’hui un rôle important sur la scène locale et nationale. Certain-es de ces pionnier-es dirigent leur propre compagnie comme Marie Chouinard. Jusqu’à 2016, on comptait aussi Ginette Laurin avec O Vertigo et Édouard Lock avec La La La Human Steps. Aujourd’hui, la Compagnie Marie Chouinard, accompagnée des Ballets Jazz de Montréal et des Grands Ballets Canadiens de Montréal, représentent les compagnies les plus importantes du Québec, en termes de taille, budget et volume d’activité.

Montréal accueille également un nombre grandissant de compagnies dites intermédiaires qui comptent entre cinq et vingt ans d’existence. Celles-ci comprennent, entre autres, Daniel Léveillé Danse, Par B.L-eux (Benoît Lachambre),  Flak (José Navas), Nyata Nyata (Zab Maboungou), Sinha Danse (Roger Sinha) ou encore le Carré des Lombes (Danièle Desnoyers). D’autres compagnies un peu plus récentes s’ajoutent à ce paysage, notamment MAYDAY (Mélanie Demers), Dave St-Pierre, et RUBBERBANDance Group. La plupart de ces artistes ont débuté en tant que chorégraphes indépendant-es et se sont graduellement incorporé-es afin d’être admissibles, entre autres raisons, à des subventions de fonctionnement.

Récemment, certaines compagnies ont commencé à intégrer des artistes indépendant-es comme Clara Furey et Dana Michel chez Par B.L-eux, ou Catherine Gaudet et Frédérick Gravel chez Daniel Léveillé Danse. Alternativement, certain-es chorégraphes indépendant-es se regroupent en compagnie comme pour Je suis Julio ou L’Organisme. Ces nouveaux modèles se développent principalement dans une intention de mentorat, partage et mutualisation des ressources administratives.

Le fait d’être chorégraphe « indépendant-es » signifie un non-enregistrement en tant qu’Organisme à but non lucratif (OBNL) et par conséquent l’absence d’un Conseil d’administration. Ces artistes peuvent avoir beaucoup comme peu d’années d’expérience, être établi-es (George Stamos), à mi-carrière (Nicolas Cantin, Helen Simard) ou émergent-es. Chaque année, plusieurs chorégraphes émergent-es commencent à exercer leur métier à Montréal en tant qu’artistes indépendant-es. Certains entreprennent un parcours traditionnel et travaillent en tant qu’interprète pendant quelques années avant de plonger dans la chorégraphie. D’autres s’y lancent de suite. Somme toute, de nombreux chemins sont possibles.


2 Diffuseurs

Il y a deux grandes catégories de diffuseurs : ceux qui offrent une saison régulière (habituellement de septembre à avril/mai) et ont souvent leur propre salle de spectacle ; et les festivals annuels ou bisannuels. À Montréal, il existe une demi-douzaine de diffuseurs qui présentent uniquement de la danse et autant de diffuseurs multidisciplinaires qui incluent la danse dans leur programmation.

Parmi les diffuseurs qui présentent la danse en saison régulière, Danse Danse propose des productions de calibre national et international à la Place des Arts ou encore au Centre Pierre-Péladeau. L’Agora de la danse présente principalement des chorégraphes et des compagnies intermédiaires d’ici. Danse-Cité offre une variété de formules de productions de danse réalisées par des chorégraphes, des interprètes ou des musiciens. Reconnue dans le milieu de la danse émergente, Tangente propose une saison bien remplie, souvent en programme double. Depuis 2016, Tangente et l’Agora de la danse sont situées au nouvel Édifice Wilder, qui abrite aussi Les Grands Ballets Canadiens de Montréal et École de danse contemporaine de Montréal. Le Studio 303 est un espace de création et de diffusion multidisciplinaire qui présente de courtes pièces, en général liées à une thématique.

D’autres lieux de diffusion multidisciplinaire ont coutume d’inclure régulièrement des spectacles de danse dans leur programmation. C’est le cas de l’Usine C, du Théâtre La Chapelle Scènes Contemporaines, du MAI (Montréal – arts interculturels), du Gesù et des Maisons de la culture (notamment Centre Culturel NDG, Plateau Mont-Royal et Frontenac). Le MAI est un théâtre dédié aux artistes issu-es de la diversité. D’autres organismes comme le festival Accès Asie ou le Black Theatre Workshop ont des mandats similaires.

Il existe quelques diffuseurs DIY qui organisent des événements ponctuels. Quelques-uns d’entre eux, tels que Wants and Needs danse (producteurs de Piss in the Pool et de Short and Sweet) et aLive présentent surtout des artistes émergent-es de Montréal. Chaque année, de nouveaux événements, plus alternatifs, sortent de terre dans le paysage montréalais. La programmation peut se faire sur appel de dossier mais la plupart du temps, le bouche à oreille et les réseaux sociaux sont de mise.

Si Montréal est une ville de festivals, la danse a sa juste part du marché. Tenu annuellement sur une période de deux semaines vers la fin mai / début juin, le Festival TransAmériques (FTA) a une portée internationale et présente à la fois des chorégraphes et des metteur-es en scène. La direction artistique favorise les créations contemporaines hybrides au carrefour de la danse et du théâtre. Le OFFTA a lieu exactement au même moment que le FTA et présente des créations d’artistes, souvent locaux.ales, en danse, théâtre et performance. Ces deux événements offrent aux artistes une bonne visibilité et l’occasion d’être vu par des diffuseurs nationaux et internationaux. D’autres festivals comme Quartiers Danses, ZH, Vue sur la Relève, Festival Phénomena et Les Escales Improbables, sont aussi des tremplins dynamiques pour artistes de la relève. Ces festivals ont lieux généralement pendant l’été/automne, et sont pour la plupart accessibles par appels de soumission, environ neuf mois à l’avance.

Consultez les babillards en ligne du  RQD et Artère afin de connaitre les appels de dossier en cours.


3 Foires et réseautage

Il existe diverses foires commerciales en arts de la scène où convergent les diffuseurs pour magasiner des spectacles. Les artistes doivent être sélectionnées et payent pour un kiosque ou pour le privilège de présenter leurs spectacles lors de ces événements. Parcours Danse, qui a lieu tous les ans en novembre, est un événement phare pour la diffusion québécoise. Au deux ans, Commerce international des arts de la scène (CINARS) attire un large éventail de diffuseurs internationaux. Enfin, il y a aussi le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis (RIDEAU), un organisme similaire, basé à Québec.

Il est relativement coûteux de participer à ces événements, qui s’adressent avant tout aux artistes et compagnies établies prêtes à partir en tournée avec un programme intégral. Les chorégraphes émergent-es ont néanmoins intérêt à se tenir au courant de la tenue de ces événements, puisqu’ils représentent des occasions d’apprentissage et de diffusion lors d’événements « off » qui ont souvent lieu en même temps. La plupart des festivals peuvent aussi être considérés comme étant des événements de repérage, puisque les diffuseurs qui y assistent vont fréquemment magasiner des spectacles lors des showcases ou événements « off ».

Pour les artistes en début de carrière, des événements de réseautage plus accessibles sont régulièrement offerts par des organismes comme Circuit-Est, La Serre – arts vivants ou le Studio 303. Le Studio 303 propose notamment À Table, un événement récurrent de rencontres entre artistes et diffuseurs.


4 Organismes de services

Il existe plusieurs organismes à Montréal dont le but premier ou secondaire est d’offrir des services aux artistes de danse. Ces organismes se révéleront des ressources indispensables dans votre cheminement.

Chaque discipline a son association professionnelle. Le Regroupement québcois de la danse (RQD) offre une multitude de services. L’adhésion vous donne accès, entre autres, à un remboursement partiel des classes d’entraînement, à un programme de mentorat et à une large gamme de stages, de classes techniques à la rédaction de demandes de subventions. Le RQD sollicite régulièrement de l’aide bénévole de la part de ses membres pour siéger sur des comités ou participer à des consultations. Pour ceux et celles dont la pratique artistique touche à plusieurs disciplines, il existe le Regroupement des arts interdisciplinaires du Québec (RAIQ). Ce regroupement vise à encourager le développement de diverses pratiques interdisciplinaires par le biais de conférences, études et événements de réseautage et de formation. Le English Language Arts Network (ELAN) aide les artistes anglophones du Québec à créer des liens et à découvrir les services disponibles (ateliers, subventions, etc.) par l’entremise de leur page Facebook.

Plusieurs organismes offrent des résidences de création et/ou technique, à différentes étapes du processus de votre projet. Les principaux sont Circuit-Est centre chorégraphique, Centre de Création O Vertigo (CCOV) ou encore le Studio 303. Le CCOV, leg de la compagnie O Vertigo, offre depuis 2016 des résidences de courtes et longues durées, mais aussi des laboratoires, tables rondes etc. Il palie notamment à combler les manques pour les compagnies qui tournent. Andrew Tay en est le commissaire actuel, depuis janvier 2017 et pour une durée de 3 ans. Circuit-Est propose une offre de résidences assez similaire, avec aussi un programme d’échange international. Circuit-Est et le CCOV reçoivent chaque année un nombre important d’applications et sélectionne souvent des artistes déjà à mi-carrière ou établi-es. Le Studio 303 offre des résidences de création en été, et techniques en hiver. Celles-ci sont toujours accompagnées d’un cachet. D’autres lieux et artistes indépendant-es offrent des résidences. Consulter Artère (http://www.artere.qc.ca/danse/carnet-dadresses/#tabs) pour la liste complète. Des institutions comme le CAM et le CALQ offrent aussi régulièrement des résidences. Enfin, La Serre – arts vivants, le MAI, et plusieurs diffuseurs offrent des résidences d’accompagnement à l’année. Ils soutiennent ainsi les projets d’artistes dans leur cycle de production. Il est à noter que la plupart des organismes cités ne verse pas de cachet. Une résidence consiste généralement en une utilisation de studio et divers services, à titre gracieux. Cependant, cette étape est primordiale dans le cycle de vie de votre projet. Une résidence est en effet à considérer comme un partenaire clé, qui viendra appuyer vos demandes de subvention. Elles reflètent en quelque sorte une appréciation artistique et concrète du milieu.

Diagramme Gestion culturelle est un organisme offrant des services de gestion administrative et de communications pour un nombre annuel limité de petites compagnies de danse. Ils offrent également une aide ponctuelle pour un taux horaire aux chorégraphes indépendant-es. Leurs services incluent la préparation de demandes de subventions, la tenue des comptes et tout autre travail de bureau. Le Studio 303 offre des séances de consultation personnalisées pour revue de demande de subvention. La Machinerie est un entremetteur entre artistes et expert-es (technique, communication, administration etc) pour le milieu des arts de la scène. Le bureau de prod Outiller la relève artistique montréalaise (ORAM) est un projet initié par le Forum jeunesse de l’Île de Montréal et le Conseil des arts de Montréal (CAM). ORAM publie également le site Web et le bulletin électronique mensuel d’Artère – Pour la relève artistique montréalaise. Youth Employment Services (YES) est un organisme communautaire qui offre aux artistes de l’orientation professionnelle, le coaching et un programme d’aide au démarrage d’entreprise. Le Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ) offre des services similaires en français. Le Centre de ressources et de transition pour danseurs (CRTD) existe pour aider les danseur.ses à vivre les diverses transitions dans leur cheminement. L’adhésion vous donne accès à des services d’orientation, à des subventions ainsi qu’à des prix et des bourses de rééducation professionnelle. Le CRTD organise également danse TRANSIT, un colloque annuel pour les finissant-es des programmes de danse qui propose outils, ressources et occasions de réseautage pour les aider à faire une transition professionnelle inspirée et informée.

Bibliothèque de la danse Vincent Warren, leg de ce dernier et Ludmilla Chiriaeff, est la référence de choix à Montréal pour toute littérature touchant à la danse.


5 Entraînement / Répétition

On retrouve deux programmes de danse de niveau universitaire à Montréal, ainsi que plusieurs autres programmes de formation professionnelle. L’Université du Québec à Montréal (UQÀM) offre une maîtrise, un doctorat, un diplôme en études somatiques, ainsi que deux concentrations au baccalauréat, l’une en enseignement et l’autre en pratiques artistiques. L’Université Concordia offre un baccalauréat en danse axé sur le processus créatif et la chorégraphie.

Hors du contexte universitaire, les institutions suivantes offrent des programmes de formation réputés : pour le contemporain il y a l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCMTL) et pour le ballet il y a Ballet Divertimento et l’École supérieure de ballet contemporain de Montréal. Chacun offre l’équivalent d’un diplôme d’études collégiales et des programmes de danse au niveau des études secondaires. Trois cégeps, le Collège Montmorency, le Cégep St-Laurent et le Collège de Maisonneuve, offrent un DEC spécialisé en danse d’une durée de deux ans et la compagnie Nyata Nyata offre maintenant un programme d’entraînement professionnel de deux ans en danse africaine.

Une fois que vous quittez le milieu académique pour intégrer le marché professionnel, vous pouvez choisir parmi divers lieux de danse dans la ville qui offrent régulièrement des classes techniques et des ateliers. Le RQD organise une session de trente semaines de classes contemporaines du matin données par une variété de professionnels de la danse d’ici et d’ailleurs. Circuit-Est, le Studio 303 et Danse à la carte, entre autres, offrent également des ateliers et des classes allant du hula hoop au processus créatif en passant par le contact improvisation. Des classes techniques sont offertes dans des lieux privés comme Divertimento ou L’Espace du Mouvement. Perfmax, un programme d’entraînement conçu spécialement pour les athlètes, est offert à longueur d’année à Montréal et à Laval.

Il existe également des occasions de peaufiner votre talent chorégraphique avec un mentor en participant au stage chorégraphique annuel de Montréal Danse, au mentorat chorégraphique de Circuit-Est et aux ateliers de création périodiques au RQD et au Studio 303.

L’entraînement en danse au cours de l’été est moins constant, mais il y a tout de même quelques options : les stages d’été intensifs de TransFormation Danse et de l’EDCMTL ont lieu sur une base annuelle tandis que d’autres compagnies et chorégraphes offrent des stages d’été occasionnels, comme Frédérick Gravel, Kelly Keenan ou LORGANISME. Le collectif Nous Sommes L’Été propose depuis 2014 des classes, des ateliers et un espace de création et recherche pendant la période estivale. Et puis biensûr, il y a toujours des cours de ballet au Studio Bizz et, bien sûr, il y a des centres de yoga, de Pilates et des centres sportifs à travers la ville !

Il existe de nombreuses places où louer un studio de répétition. Diverses écoles, diffuseurs, institutions (Conseil des arts de Montréal), compagnies et artistes indépendant-es offrent leur studio à louer, souvent à l’heure. Consulter le RQD (http://www.quebecdanse.org/babillard-liste/a-louer) pour la liste complète. Vous pouvez aussi louer un loft sur une base mensuelle, mais c’est dispendieux à moins de le partager avec d’autres artistes et cela représente souvent une charge administrative assez importante.


6 Lobby des arts

Le RQD est actuellement l’organisme qui porte le flambeau du lobby en danse au Québec. Avec les autres membres de la Coalition La Culture et du Mouvement pour les arts et les lettres (MAL), le RQD mène un lobby acharné pour augmenter le financement public accordé aux arts afin de permettre aux artistes de jouir de meilleures conditions de vie et de travail. L’Assemblée canadienne de la danse (ACD) mène un lobby au niveau fédéral pour les artistes de danse au Canada. Au niveau local, Culture Montréal est un mouvement démocratique ouvert à toutes les personnes ayant des préoccupations culturelles. Les membres sont des professionnel.les du milieu artistique et aussi des non professionnel.les qui tiennent à cœur la promotion et la protection du droit à la culture.

Conseils

  • Faites-vous des amis et faites-vous connaître. Le bouche-à-oreille compte pour beaucoup.
  • Faites du bénévolat auprès d’organismes de danse en échange de temps de studio ou de spectacles gratuits.
  • Consultez les babillards régulièrement pour trouver de l’information sur les spectacles, les ateliers, les auditions et les appels de dossiers.
  • Devenez membre du RQD, du CDA, d’ELAN et inscrivez-vous aux listes d’envois électroniques d’ELAN et d’Artère (ORAM).

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